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Innosuisse ne finance pas votre entreprise : le vrai panorama des aides vaudoises

TLDR — Le malentendu le plus coûteux du financement public suisse tient en une phrase de loi : « La contribution d’Innosuisse sert à couvrir les coûts de projet directs des partenaires de recherche » (art. 19 al. 1bis LERI). L’argent fédéral va à l’EPFL, à la HEIG-VD ou à l’UNIL, pas sur votre compte. Le chèque d’innovation plafonne à 15 000 francs et il est « automatiquement crédité sur le compte du partenaire de recherche ». Dans un projet d’innovation, vous financez 40 à 60 % des coûts directs totaux, dont 5 % au moins en espèces au partenaire de recherche (art. 11 de l’ordonnance sur les contributions d’Innosuisse, RS 420.231). Deux exceptions financent l’entreprise elle-même : les projets pour start-up (jusqu’à 70 % des coûts, société de moins de cinq ans, moins de 50 EPT) et le Swiss Accelerator, dont aucun appel n’est prévu. Côté vaudois, la FIT prête de 100 000 à 500 000 francs, le SPEI plafonne ses aides à l’innovation à 50 000 francs par an et 100 000 francs sur cinq ans, et Cautionnement Vaud garantit jusqu’à 1 000 000 de francs de crédit. Innovaud n’est pas un financeur, et il n’existe en Suisse aucun crédit d’impôt recherche remboursable.


Innosuisse : l’argent va au laboratoire, pas à l’entreprise

C’est le point qui déroute tous les fondateurs, et il est écrit dans la loi. L’art. 19 al. 1bis de la loi fédérale sur l’encouragement de la recherche et de l’innovation (LERI, RS 420.1, état le 1er janvier 2023) dispose que la contribution d’Innosuisse « sert à couvrir les coûts de projet directs des partenaires de recherche ». Innosuisse paie donc des salaires de hautes écoles. Votre société est le partenaire chargé de la mise en valeur : elle apporte le problème, le terrain, du temps et du cash, et récupère les résultats, pas la subvention.

L’art. 19 al. 2 let. d LERI chiffre l’apport exigé : « les partenaires chargés de la mise en valeur participent au projet à hauteur de 40 % à 60 % de son coût total direct par des prestations propres ou des prestations en faveur des partenaires de recherche ». L’ordonnance sur les contributions d’Innosuisse (RS 420.231, état le 1er janvier 2023) reprend la règle à son art. 11 al. 1 et ajoute une exigence de trésorerie à l’al. 4 : les prestations financières doivent « représenter au moins 5 % des coûts directs totaux du projet ».

Le chèque d’innovation : 15 000 francs qui ne transitent pas par vous

C’est la porte d’entrée la plus simple. Innosuisse octroie « un chèque d’innovation d’une valeur maximale de 15 000 francs » (art. 25 al. 1 de l’ordonnance sur les contributions), qui finance à 100 % une étude préliminaire facturée par un partenaire de recherche suisse. Conditions : moins de 250 équivalents temps plein, siège en Suisse avec numéro IDE, un partenaire de recherche suisse, et ne pas avoir reçu de crédit d’étude préliminaire au cours des deux dernières années. Six mois pour réaliser et achever l’étude. Aucune contribution propre exigée.

Surtout : « Le montant mentionné sur ce décompte est automatiquement crédité sur le compte du partenaire de recherche. » Vous ne verrez jamais ces 15 000 francs. Vous verrez un rapport.

Les deux cas où Innosuisse finance bien l’entreprise

Les projets d’innovation pour start-up. La logique s’inverse : « Le contrat de subvention est conclu exclusivement avec vous en tant que start-up. Aucun partenaire de recherche n’est nécessaire. » Innosuisse couvre jusqu’à 70 % des coûts directs, la start-up apportant les 30 % restants. Conditions : société créée depuis moins de cinq ans au dépôt (« possibilité d’aller jusqu’à 10 ans dans certains cas exceptionnels justifiés »), moins de 50 EPT — 250 au niveau du groupe si elle est contrôlée par une autre société.

Le Swiss Accelerator, destiné aux PME et start-up « déjà établies sur le marché », prévoit une contribution qui « ne peut pas dépasser 2,5 millions de francs suisses par demande », pour 70 % au maximum des coûts. Mais : « Aucun appel du Swiss Accelerator n’est actuellement prévu. » Depuis le 1er janvier 2025, les entreprises suisses participent directement à l’EIC Accelerator de l’Union européenne.

Coaching et formation : des bons, pas du cash

L’accompagnement ne verse rien non plus : il paie des coachs accrédités.

Offre Valeur du bon Durée maximale
Initial Coaching 10 000 francs 12 mois
Core Coaching 50 000 francs 36 mois
Scale-up Coaching 75 000 francs 24 mois

L’Entrepreneurship Training (modules Business Ideas, Business Concept, Business Validation, Business Creation) est gratuit. Pour une équipe sans partenaire académique ni produit vendu, c’est le point de départ rationnel.

L’étage vaudois : FIT, SPEI, Innovaud

La FIT prête, elle ne subventionne pas

La FIT est l’instrument cantonal de référence pour l’amorçage. Selon Innovaud, l’agence cantonale de promotion de l’innovation, la Fondation pour l’innovation technologique « offre des prêts avec (et sans) intérêt à de nouvelles entreprises technologiques qui collaborent avec une haute école ou un centre de recherche. Les soutiens vont de CHF 100’000 à 500’000 francs maximum, en fonction du stade de développement et des objectifs de l’aide. »

Un prêt, même sans intérêt, figure au passif et se rembourse : non dilutif ne veut pas dire gratuit. Et la condition d’entrée reste la collaboration avec une haute école ou un centre de recherche — une agence web sans lien académique n’est pas la cible.

Le SPEI : des plafonds modestes

Le Service de la promotion de l’économie et de l’innovation délivre ses aides « conformément à la Loi sur l’appui au développement économique (articles 31 à 34 LADE) ». Les plafonds du volet innovation et commercialisation sont bas : 50 000 francs par année civile et 100 000 francs sur 5 ans, hors aides à l’investissement. Le fonds cantonal de soutien à l’innovation, adossé à un décret de 105 millions de francs, est réservé aux « entreprises et organismes inscrits au registre du commerce sous la forme d’une SA ou d’une SARL » : les raisons individuelles en sont exclues d’entrée. Quant au cautionnement du SPEI, il vise « uniquement les entreprises industrielles ou technologiques, et pour des projets d’investissement », entre 1 et 5 millions de francs en principe : ce plancher écarte l’essentiel des PME numériques.

Innovaud oriente, elle ne paie pas

Disons-le sans détour : Innovaud n’est pas un financeur. Sa page de services le formule ainsi : « Nous vous aidons à activer les soutiens financiers nécessaires ». Elle conseille sur la stratégie de financement, met en relation avec des business angels et des fonds de capital-risque, et sert d’antenne vaudoise de platinn pour du coaching. Aucune labellisation formelle d’entreprises ne figure aujourd’hui parmi ses prestations publiées.

C’est néanmoins le bon premier appel : un cadrage vous évitera de déposer un dossier Innosuisse là où un chèque d’innovation suffisait.

Le levier fiscal : deux dispositifs, traités ailleurs

Un article distinct de cette série est consacré à la fiscalité des sociétés numériques vaudoises. Deux rappels seulement.

L’allégement fiscal temporaire de l’art. 91 LI peut atteindre 100 % durant dix ans pour une entreprise nouvellement créée qui « sert les intérêts économiques du canton ». Il se demande auprès de l’Administration cantonale des impôts et du SPEI, le Conseil d’État décidant. C’est un canal de promotion économique, et il ne touche pas l’impôt fédéral direct.

La déduction R&D supplémentaire de l’art. 95a LI est appliquée par Vaud au taux maximal de 50 %, mais l’art. 95b LI plafonne l’ensemble des abattements à 50 % du bénéfice imposable, contre 70 % au niveau fédéral. Sans bénéfice imposable, une déduction ne vaut rien.

Le cautionnement : transformer un refus bancaire en crédit

C’est le dispositif le plus ignoré du secteur numérique, parce qu’il ne ressemble pas à une aide : pas d’argent public versé, mais une garantie qui rend un crédit bancaire finançable.

Des organisations de cautionnement sont reconnues par la Confédération sur la base de la loi fédérale du 6 octobre 2006 sur les aides financières aux organisations de cautionnement en faveur des PME (RS 951.25). Pour la Suisse romande, c’est Cautionnement romand, présent à Fribourg, Genève, Neuchâtel, en Valais et dans le canton de Vaud, où il opère sous le nom de Cautionnement Vaud. La mécanique, décrite par Innovaud : une « garantie d’au maximum 1’000’000 francs, couvrant jusqu’à 100 % du crédit », ouverte « à toute entreprise, quels que soient son secteur d’activité et son stade de développement ».

C’est le seul dispositif de cet article qui n’exige ni partenaire académique, ni jury d’innovation. Il exige un dossier bancaire crédible et une capacité de remboursement : la caution ne remplace pas un modèle d’affaires, elle remplace des sûretés que vous n’avez pas.

L’écosystème privé, en une ligne chacun

  • Venture Kick — fonds philanthropique national de pré-amorçage pour les projets issus des hautes écoles suisses ; selon Innovaud, jusqu’à 130 000 francs de capital de départ.
  • Fondation Gebert Rüf — fondation privée soutenant des projets à base scientifique et leur transfert vers l’entrepreneuriat ; programmes à vérifier auprès d’elle.
  • Prix et concours privés — visibilité et petits montants ; utiles comme validation externe, jamais comme ligne de financement.

Ce qui n’existe pas, et qu’on vous promettra quand même

Il n’y a pas de crédit d’impôt recherche à la française. Aucun mécanisme suisse ne vous rembourse un pourcentage de vos dépenses de R&D en cash. L’art. 95a LI est une déduction : il réduit une base imposable, et sans bénéfice l’effet est nul.

Les soutiens publics suisses sont majoritairement non dilutifs, mais conditionnés. Ni Innosuisse, ni la FIT, ni le SPEI ne prennent de parts. En échange, tous conditionnent l’accès à un partenaire académique (chèque d’innovation, projet d’innovation, FIT) ou à un jury (projets pour start-up, Swiss Accelerator, Venture Kick).

Aucun de ces dispositifs ne finance la croissance commerciale. Recruter deux commerciaux, acheter de la publicité, ouvrir un bureau à Zurich : rien de cela n’est éligible. Le financement public suisse couvre de l’incertitude technique, pas du déploiement de marché. Pour la croissance, il reste la banque — donc le cautionnement — et le capital-risque.

Ce qui fait échouer un dossier

1. Absence de composante d’innovation au sens de la loi. L’art. 2 LERI définit la matière :

« recherche scientifique (recherche) : la recherche méthodique de connaissances nouvelles ; elle englobe notamment : 1. la recherche fondamentale : recherche dont la première finalité est l’acquisition de connaissances, 2. la recherche orientée vers les applications : recherche dont la première finalité est de contribuer à la solution de problèmes liés à la pratique ; innovation fondée sur la science (innovation) : le développement de nouveaux produits, procédés, processus et services pour l’économie et la société au moyen de la recherche, en particulier celle orientée vers les applications, et la mise en valeur de ses résultats. »

2. Confusion entre développement produit et recherche. Intégrer une API, refondre une interface, brancher un modèle de langage sur votre base documentaire : c’est du développement logiciel compétent, pas « la recherche méthodique de connaissances nouvelles ». La question de l’expert : qu’est-ce qui, ici, pourrait techniquement échouer et n’a pas de solution connue publiée ? Sans réponse, il n’y a pas de projet.

3. Projet déjà réalisé. Ces instruments financent un travail à venir : le chèque d’innovation laisse « six mois pour réaliser et achever l’étude préliminaire », après la décision. Un dossier qui décrit un développement terminé décrit un projet sans risque.

4. Absence de cofinancement. 40 à 60 % des coûts directs à votre charge dans un projet d’innovation, 30 % dans un projet pour start-up. Un plan qui suppose un financement à 100 % n’est pas recevable.

Checklist : quel dispositif pour quelle situation

Votre situation Le dispositif Ce qu’il faut apporter
Idée technique, aucun partenaire académique Entrepreneurship Training Rien : c’est gratuit
Question technique bloquante, étude préliminaire à faire Chèque d’innovation, 15 000 francs Moins de 250 EPT, IDE suisse, un partenaire de recherche
Projet de R&D substantiel avec une haute école Projet d’innovation Innosuisse 40 à 60 % des coûts directs, dont 5 % en espèces au partenaire
Start-up de moins de cinq ans, moins de 50 EPT Projet d’innovation pour start-up 30 % de contribution propre
Jeune société technologique liée à une haute école FIT, 100 000 à 500 000 francs Un prêt à rembourser
Besoin de coaching structuré Start-up Coaching, 10 000 à 75 000 francs Un coach accrédité Innosuisse
La banque refuse faute de sûretés Cautionnement Vaud, jusqu’à 1 000 000 de francs Une capacité de remboursement
Société nouvelle à fort impact économique cantonal Allégement fiscal, art. 91 LI Dossier conjoint ACI et SPEI
Société rentable, masse salariale R&D en Suisse Déduction R&D, art. 95a LI Un bénéfice imposable
Vous ne savez pas par où commencer Innovaud Orientation gratuite, pas de financement

Sources primaires

  • LERI, RS 420.1 — art. 2 et 19, état le 1er janvier 2023 (Fedlex).
  • Ordonnance sur les contributions d’Innosuisse, RS 420.231 — art. 11 et 25, état le 1er janvier 2023 (Fedlex).
  • RS 951.25 — loi fédérale du 6 octobre 2006 sur les aides financières aux organisations de cautionnement en faveur des PME.
  • innosuisse.admin.ch — pages « Chèque d’innovation », « Projet d’innovation avec partenaire de mise en œuvre », « Projets d’innovation pour start-up », « Swiss Accelerator », « Start-up Coaching », « Entrepreneurship Training ».
  • vd.ch (SPEI) — « Aides financières » (art. 31 à 34 LADE), « Fonds de soutien à l’innovation », « Allégements fiscaux temporaires ».
  • innovaud.ch — « Financement » et « Accompagnement ».
  • LI vaudoise, BLV 642.11 — art. 91, 95a et 95b ; cautionnementromand.ch — périmètre romand, plafond de 1 000 000 de francs.

Avertissement — La FVN est une fédération professionnelle, pas une étude d’avocats. Information générale arrêtée au 15 juin 2026, sans valeur de conseil ni garantie d’octroi. Conditions et montants changent d’un appel à l’autre : vérifiez chaque chiffre auprès de l’autorité avant de déposer. N’ont pas pu être vérifiés à la source : (1) le site de la Fondation pour l’innovation technologique était inaccessible — les instruments FIT et leurs montants individuels ne sont pas confirmés, la fourchette de 100 000 à 500 000 francs et la forme du prêt venant d’Innovaud, non de la FIT ; (2) ni le texte de la loi RS 951.25 sur Fedlex, ni la page du SECO sur le cautionnement des PME n’ont pu être ouverts : le plafond de 1 000 000 de francs et le périmètre romand viennent de Cautionnement romand et d’Innovaud, et la liste des organisations reconnues n’a pas été vérifiée nommément ; (3) le portail BLV n’est pas lisible sans JavaScript : les art. 91, 95a et 95b LI proviennent de sources cantonales et de nos vérifications antérieures ; (4) les programmes de la Fondation Gebert Rüf n’ont pas été vérifiés ; (5) l’existence d’une labellisation formelle par Innovaud n’a pas pu être confirmée. Pour un dossier réel : Innovaud pour l’orientation, Innosuisse pour l’éligibilité, le SPEI pour les aides cantonales, un mandataire qualifié pour le volet fiscal.

Haider Alleg
Haider Alleg
https://haideralleg.com/
Entrepreneur Haider developed a toolbox for bringing brand performances to life, helping organisations of various shapes and sizes navigate the unknown and generate growth. This led him to build Kainjoo in 2012, a fast-growing consulting firm supporting ambitious leaders from top 500 Fortune companies. With Allegory Capital, he supports regulated industries to innovate through portfolios of emerging tech and channels.

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