TLDR : La moyenne suisse du temps de travail baisse parce que la composition de l’emploi change, si bien qu’une semaine plus courte reste une décision contractuelle dont l’employeur assume seul les contraintes horaires.
La moyenne baisse parce que le temps partiel progresse
L’Office fédéral de la statistique (OFS) a recensé 8,114 milliards d’heures travaillées en 2025, un volume stable sur un an. Les salariés à plein temps y figurent pour une durée effective de 40 h 03 par semaine, contre 40 h 54 en 2019. Cinquante et une minutes de moins en six ans, et la trajectoire nourrit tous les récits sur la fin de la semaine longue.
Le mécanisme derrière la courbe est ailleurs. Au 4e trimestre 2025, 21,2 % des hommes en emploi travaillaient à temps partiel selon la définition suisse, celle du taux d’occupation inférieur à 90 %, contre 58,4 % des femmes. Sur l’ensemble des personnes actives occupées, le temps partiel a progressé de 13,3 points de pourcentage depuis 1991. Quand la part des postes à horaire réduit augmente, la moyenne de toutes les durées descend, même lorsque chaque contrat individuel reste identique.
Le canton suit le même mouvement. Statistique Vaud relève que 87 % des hommes actifs occupés du canton travaillaient à plein temps en 2023, contre 91 % dix ans plus tôt, tandis qu’une femme sur deux exerce à plein temps, proportion inchangée depuis 2013. La baisse vaudoise se loge donc du côté masculin, et elle traduit un changement de structure de l’emploi.
Les salariés suisses à plein temps ont la semaine effective la plus longue d’Europe
La deuxième donnée déplace le débat. Rapportée aux seuls plein-temps, la Suisse affiche 42 h 24 de durée hebdomadaire effective, premier rang de l’Union européenne et de l’Association européenne de libre-échange (AELE), devant une moyenne européenne de 37 h 54 et des Pays-Bas à 36 h 24. Une fois le temps partiel réintégré, la moyenne suisse tombe à 35 h 14 et rejoint le peloton européen.
Ce 42 h 24 et le 40 h 03 cité plus haut proviennent de la même publication et mesurent la même chose par deux chemins. La comparaison européenne repose sur l’enquête sur les forces de travail, qui exclut du calcul les personnes absentes toute la semaine de référence ; la statistique du volume du travail, elle, intègre l’ensemble des absences sur l’année. L’écart de deux heures est donc méthodologique, et il vaut pour tous les pays comparés.
Les deux chiffres décrivent le même pays. Le premier mesure ce que fait une personne employée à plein temps, le second ce que fait un pays où beaucoup de gens ne le sont pas. Confondre les deux transforme une réorganisation du marché du travail en relâchement collectif, lecture que les données contredisent.
Dans l’information et la communication, la semaine effective dépasse la moyenne de l’économie
Le détail par branche renverse l’intuition. Le tableau détaillé de la statistique du volume du travail 2025 attribue à la section « information et communication » une durée contractuelle inférieure à la moyenne de l’économie, et une durée effective supérieure. L’écart tient aux absences : la branche en compte 1 h 37 par semaine contre 2 h 18, et 6,0 jours d’absence pour raisons de santé par an, à égalité avec les activités spécialisées, scientifiques et techniques, quand l’ensemble de l’économie se situe à 8,2 jours.
Exhibit 1
Le numérique a le contrat le plus court et une semaine effective plus longue que la moyenne de l’économie
| Salariés à plein temps, 2025 | Information et communication | Ensemble de l’économie |
|---|---|---|
| Durée hebdomadaire contractuelle | 41 h 10 | 41 h 42 |
| Durée hebdomadaire effective | 40 h 17 | 40 h 03 |
| Absences hebdomadaires | 1 h 37 | 2 h 18 |
| Heures supplémentaires hebdomadaires | 44 min | 39 min |
| Absences pour raisons de santé (jours par an) | 6,0 | 8,2 |
Sources : Office fédéral de la statistique, statistique du volume du travail 2025, tableau T3 pour les quatre premières lignes ; texte du communiqué du 21 mai 2026 pour les jours d’absence pour raisons de santé.
Pour un employeur numérique vaudois, la lecture opérationnelle tient en une phrase. La branche dispose déjà d’un contrat un peu plus court que la moyenne et le compense en présence, ce qui laisse peu de marge implicite à récupérer : le levier d’une semaine plus courte se trouve dans le contrat.
Réduire la durée contractuelle déplace une seule frontière
Le droit suisse plafonne la semaine, il ne la prescrit pas. La loi fédérale sur le travail (LTr) fixe à son une durée maximale de 45 heures pour le personnel de bureau, le personnel technique et les autres employés, catégorie dont relèvent les fonctions d’une entreprise numérique. La durée contractuelle, elle, reste libre.
Abaisser cette durée contractuelle de 42 à 38 heures laisse le seuil légal de 45 heures exactement où il était. L’opération élargit la bande d’heures situées entre le contrat et le plafond, bande qui relève du code des obligations (CO) et se règle par écrit. Le régime au-delà de 45 heures, lui, ne bouge pas d’un pouce et reste indisponible à la négociation. Une entreprise qui passe à 38 heures sans traiter cette bande par écrit rémunère avec majoration des heures qu’elle considérait comme du rattrapage ordinaire.
La composition du site fixe le plafond, pas le métier
L’alinéa 5 de l’article 9 LTr mérite une lecture attentive avant toute réorganisation. Lorsque du personnel de bureau ou technique est occupé dans la même entreprise ou partie d’entreprise que des travailleurs soumis à un plafond plus long, « cette durée vaut pour les uns comme pour les autres ». Une société de services numériques qui intègre une équipe logistique, un atelier de réparation ou une exploitation d’entrepôt fait basculer l’ensemble du site vers le plafond de 50 heures.
La conséquence surprend souvent le dirigeant qui raisonne par métier. Le seuil de déclenchement se détermine au niveau du site, et une acquisition, un déménagement dans des locaux partagés ou l’internalisation d’une activité matérielle suffisent à le déplacer pour toute l’équipe.
Comprimer sur quatre jours bute sur l’espace de quatorze heures
Le modèle le plus discuté, quatre journées de dix heures à volume constant, franchit sans peine le plafond hebdomadaire, puisque quarante heures restent sous quarante-cinq. La contrainte se situe dans la journée. L’article 10 alinéa 3 LTr exige que le travail de jour et du soir de chaque travailleur tienne « dans un espace de quatorze heures, pauses et heures de travail supplémentaire incluses ». Le repos quotidien de l’article 15a LTr impose la seconde borne, onze heures consécutives, réductibles à huit une fois par semaine si la moyenne sur deux semaines atteint onze heures.
Exhibit 2
La semaine de quatre jours passe le plafond hebdomadaire et bute sur la journée
| Contrainte | Norme | Limite | Ce qui la met sous tension |
|---|---|---|---|
| Plafond hebdomadaire | art. 9 al. 1 let. a LTr | 45 h pour le personnel de bureau et technique | Quatre journées de dix heures restent à 40 h, la limite tient |
| Espace de la journée | art. 10 al. 3 LTr | 14 h, pauses et heures supplémentaires incluses | Dix heures de travail, une heure de pause et deux heures d’imprévu consomment treize heures |
| Repos quotidien | art. 15a LTr | 11 h consécutives, 8 h une fois par semaine si la moyenne sur deux semaines atteint 11 h | Une journée de 7 h 30 à 20 h 30 laisse exactement onze heures avant la reprise |
| Plafond du site | art. 9 al. 5 LTr | Le plafond le plus long vaut pour tout le site | Une activité non administrative sur le même site fait passer l’ensemble à 50 h |
Sources : loi sur le travail (RS 822.11), art. 9, 10 et 15a ; commentaires du Secrétariat d’État à l’économie (SECO).
Les équipes d’exploitation et de support sont les premières concernées, et ce sont précisément celles qu’une semaine comprimée déstabilise. Un horaire de quatre jours se teste donc d’abord sur la rotation d’astreinte, jamais sur les postes administratifs qui le supportent sans effort.
Le salaire est la première question, et la loi laisse les parties y répondre
Le dirigeant qui envisage une semaine plus courte pose toujours la même question avant toutes les autres. Le code des obligations rattache le salaire à ce que les parties ont convenu et ne l’indexe sur aucune durée légale. Réduire l’horaire et le salaire ensemble revient donc à modifier le contrat, ce qui suppose l’accord du collaborateur ou une résiliation assortie d’une nouvelle offre.
Les deux expériences suisses documentées ont tranché dans le même sens. L’essai pilote conduit par la Haute école spécialisée bernoise repose explicitement sur une réduction du temps de travail à salaire inchangé, et l’agence Addvanto SA applique une semaine de quatre jours correspondant à 34 heures hebdomadaires sans baisse de rémunération. Aucune donnée suisse ne décrit aujourd’hui le cas inverse à grande échelle, ce qui laisse l’employeur sans repère chiffré s’il envisage une réduction proportionnelle du salaire.
Les vacances se comptent en semaines, ce qui simplifie le passage à quatre jours
Le code des obligations accorde quatre semaines de vacances au moins par année de service, et cinq semaines aux travailleurs jusqu’à l’âge de 20 ans révolus. L’unité légale est la semaine, jamais le jour ouvrable.
Un collaborateur passé à quatre jours conserve donc ses quatre semaines, qui représentent seize jours de travail au lieu de vingt. Le solde exprimé en jours dans l’outil de gestion doit suivre le taux d’occupation, faute de quoi l’entreprise crédite mécaniquement un cinquième de vacances de trop. C’est le paramétrage qui casse en premier lors du passage, avant tout sujet juridique.
Les résultats suisses sur la semaine de quatre jours arrivent en novembre 2026
L’expérience suisse documentée reste mince. La Haute école spécialisée bernoise, à travers son Institut New Work dirigé par la professeure Caroline Straub, conduit avec 4 Day Week Global un essai pilote annoncé en mars 2024. La Fédération des Entreprises Romandes a relayé l’appel à participation avec un événement de lancement à l’Université de Lausanne en août 2024, et les premiers résultats sont attendus le 19 novembre 2026. Toute entreprise qui décide aujourd’hui le fait sans données suisses consolidées.
Un cas nommé existe néanmoins dans le numérique. Addvanto SA rapporte une centaine de candidatures par annonce contre quelques dizaines auparavant, un absentéisme en recul d’environ un cinquième à un quart, et aucun départ ces dernières années. Ces chiffres émanent de l’entreprise elle-même, relayés par le portail des petites et moyennes entreprises (PME) de la Confédération, et n’ont pas fait l’objet d’un audit indépendant.
Ce que chaque fonction traite avant d’annoncer un nouvel horaire
La statistique ne fera pas le travail. Une entreprise du canton qui veut une semaine plus courte l’obtient en modifiant ses contrats, et trois fonctions ont chacune un point à régler avant l’annonce.
La direction fixe la durée contractuelle et tranche la question salariale, puis vérifie la composition du site au regard de l’article 9 alinéa 5 LTr : la présence d’activités non administratives déplace le plafond pour tout le monde, y compris les équipes purement logicielles.
Les ressources humaines traitent par écrit la bande d’heures ouverte entre la nouvelle durée contractuelle et le plafond légal, puis reparamètrent le solde de vacances sur le taux d’occupation plutôt que sur un nombre de jours hérité de la semaine de cinq jours.
La responsable d’exploitation teste chaque journée-type contre l’espace de quatorze heures et le repos de onze heures, en partant de la rotation d’astreinte et des fenêtres de mise en production, avant que le nouvel horaire ne soit publié.
Les données de la branche donnent la mesure de l’enjeu. Six jours d’absence santé par an et quarante-quatre minutes d’heures supplémentaires hebdomadaires décrivent des équipes disponibles et déjà sollicitées, sur lesquelles une réduction mal cadrée transfère la même charge en moins de jours.
Avertissement. La FVN est une fédération professionnelle, pas une étude d’avocats. Information générale à jour au 27 août 2026, qui ne constitue pas un conseil juridique : chaque situation dépend du contrat, d’une éventuelle convention collective de travail et des circonstances de fait. Pour un cas concret, consultez un mandataire qualifié ou, pour le droit public du travail, la Direction générale de l’emploi et du marché du travail (DGEM).
Références
- Office fédéral de la statistique. Plus de 8 milliards d’heures travaillées en 2025. Enquête suisse sur la population active et statistiques dérivées : heures de travail en 2025, communiqué n° 2026-0533, 21 mai 2026. https://dam-api.bfs.admin.ch/hub/api/dam/assets/36455308/master
- Office fédéral de la statistique. Indicateurs du marché du travail 2026, Neuchâtel, juillet 2026. https://dam-api.bfs.admin.ch/hub/api/dam/assets/36683020/master
- Office fédéral de la statistique. Le travail à temps partiel en Suisse 2024, 2 septembre 2025. https://dam-api.bfs.admin.ch/hub/api/dam/assets/36057567/master
- Statistique Vaud. Numerus 2-2025 : les actifs occupés vaudois, juillet 2025. https://www.vd.ch/fileadmin/user_upload/organisation/dfin/statvd/Publications/Numerus/Numerus-02-2025_Actifs.pdf
- Confédération suisse. Loi fédérale sur le travail dans l’industrie, l’artisanat et le commerce (LTr, RS 822.11), art. 9, 10 et 15a. https://www.fedlex.admin.ch/eli/cc/1966/57_57_57/fr
- Confédération suisse. Code des obligations (CO, RS 220), art. 322 et 329a. https://www.fedlex.admin.ch/eli/cc/27/317_321_377/fr
- Secrétariat d’État à l’économie. Commentaire de la loi sur le travail, art. 9. Durée maximum de la semaine de travail. https://www.seco.admin.ch/dam/seco/fr/dokumente/Arbeit/Arbeitsbedingungen/Arbeitsgesetz%20und%20Verordnungen/Wegleitungen/Wegleitung-ArG/ArG_art09.pdf.download.pdf/ArG_art09_fr.pdf
- Secrétariat d’État à l’économie. Commentaire de la loi sur le travail, art. 10. Travail de jour et travail du soir. https://www.seco.admin.ch/dam/seco/fr/dokumente/Arbeit/Arbeitsbedingungen/Arbeitsgesetz%20und%20Verordnungen/Wegleitungen/Wegleitung-ArG/ArG_art10.pdf.download.pdf/ArG_art10_fr.pdf
- Berner Fachhochschule Wirtschaft, Institut New Work. Pilotstudie 4-Tage-Woche, communiqué du 21 mars 2024. https://www.bfh.ch/de/aktuell/medienmitteilungen/2024/4-tages-woche/
- 4-Tage-Woche Schweiz. Studienergebnisse, 19 novembre 2026. https://www.4-tagewoche.ch/studienergebnisse
- Fédération des Entreprises Romandes. Soutien à l’étude sur la semaine de 4 jours, 27 juin 2024. https://www.federationdesentreprises.ch/actualite/soutien-a-letude-sur-la-semaine-de-4-jours-une-initiative-innovante-en-suisse
- Portail PME de la Confédération. « La semaine de quatre jours a dopé notre attractivité ». https://www.kmu.admin.ch/fr/la-semaine-de-quatre-jours-a-dope-notre-attractivite